Soupe de pierre et arjamolho
Autrefois, lorsque j’étais enfant, mes aïeuls me racontaient maintes histoires au coin du feu, sous une cheminé à l’ancienne, large et vaste. Un madrier brûlait constamment dans l’âtre et la marmite bouillait durant des heures et des heures, mijotant le rata du soir.
Autrefois, lorsque j’étais enfant, mes aïeuls me racontaient maintes histoires au coin du feu, sous une cheminé à l’ancienne, large et vaste. Un madrier brûlait constamment dans l’âtre et la marmite bouillait durant des heures et des heures, mijotant le rata du soir.
Les journées de travail champêtre étaient éternelles, donc les gens s’attardaient le soir, attendant que le repas fût près. Et ils racontaient des histoires aux enfants, des histoires fantastiques, car ils étaient de sacrés narrateurs. C’est ainsi que les légendes prirent naissance au fil des siècles, se transmettant oralement par des gens qui ignoraient pour la plupart ce que c’étaient les prémices de la littérature.
Dans leurs narrations il y avait toujours des extrémismes, tels un certain avare dont le nom est passé aux oubliettes. Passons ! Et il y avait toujours des gens très rusés : les soldats, les étudiants, dans un deuxième temps.
Pourquoi les soldats et les étudiants ? – Tout simplement dû au fait qu’ils avaient un « vécu », ils avaient une certaine expérience de la vie, connu quelque chose d’autre que leur coin campagnard, ils avaient fréquenté d’autres milieux, connu beaucoup de gens, par rapport aux gens de l’époque.
C’est justement un soldat, rentrant au pays après sa campagne guerrière au service du roi et n’ayant point de quoi manger, qui demanda le gîte auprès de l’avare cité plus haut. N’oublions point que c’était la rase campagne où il n’y avait guère de maisons, surtout à cette époque et où la pauvreté régnait.
Il demanda à l’avare s’il avait de quoi manger, à quoi celui-ci répondit par la négative, en tout bon avare qu’il était.
- Cela ne fait rien,- lui répondit –il. N’auriez-vous point une marmite ou un récipient quelconque avec un peu d’eau, s’il vous plait ?
- - Évidemment. Mais qu’allez-vous en faire, mon garçon ?
- -J’ai appris à faire des tas des choses à l’armée car il fallait bien se débrouiller. Nous n’avions jamais rien sous la main et il fallait bien que l’on mange.
Et en ce faisant, le bougre alluma un feu sur lequel il posa la casserole avec de l’eau à chauffer. Tout ceci sous les regards curieux de l’Harpagon d’office et occasionnel.
- Quand il y a à manger pour un, il y en a pour deux. Les temps sont durs et l’abondance vous fait peut-être défaut, cher monsieur,- avança le militaire, tout en attrapant un gros galet qu’il se mit à nettoyer avec grand soin et qu’il mit à l’intérieur de la marmite
- Que faites vous donc, jeune homme ? – demanda le rat.
- Une soupe de pierre, tout simplement, rétorqua-t-il.
- Mais voyons … cela ne peut guère avoir de goût.
- Détrompez-vous, monsieur, - répondit le soldat. C’est vrai qu’avec un peu d’huile, le goût serait différent. Si…
Il n’eût point le temps de continuer. La curiosité primant, l’avare s’en alla chercher un peu de précieuse huile.
Et l’histoire nous apprit que le futé soldat réussit à se forger un vrai repas, grâce à la curiosité de l’avare.
Aujourd’hui, dans certaines régions, beaucoup de restaurants proposent dans leurs menus la fameuse soupe de pierre. La composition de la recette ? – A la discrétion du chef cuisinier de l’établissement, certes.
Gaspacho (Arjamolho)
Au sud du Portugal, jusqu’à une époque relativement récente, tous les transports se faisaient à dos de mule.
On appelait les « routiers »de l’époque almocreves (muletiers).
Leur condition de vie n’était guère des meilleurs, leur repas se composant le plus souvent d’un morceau de pain sec et rassis, accompagné de quelques olives et de la viande de porc salée.
Afin de manger quelque chose de mou et frais, alors que la fraîcheur manquait, ils mettaient de l’eau dans un bol, avec de l’ail écrasé, de l’huile d’olive et un peu de sel. On parfumait cette préparation avec de l’origan, abondant dans cette région.
Remarquez que l’on prépare encore le même plat avec de l’eau chaude. On l’appelle alors : « açorda ».
Nous pouvons dire qu’il s’agit d’une « açorda » froide pour le premier plat.
Les anciens l’appelaient « arjamolho ».
Maintenant on y ajoute du concombre et des tomates fraîches. Il y en a même qui y ajoutent des pommes de terre, des poivrons…
Enfin. C’est une salade assez raffraîchissante que l’on peut utiliser pour accompagner des sardines grillées et toutes sortes de poissons.
Nous pouvons aussi l’utiliser dans sa qualité de salade pour tout autre mets.
Bon appétit !
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